De la fête du 1er vote aux responsabilités politiques partagées.

Le 29 avril 1945, les Françaises votaient pour la 1ère fois aux élections municipales, un siècle après que le  suffrage « universel » masculin ait été instauré (1848). La France apparaît comme un pays en retard si on le compare à d’autres Etats européens ou mondiaux. Comment expliquer cette spécificité française ? Quelles sont les grandes étapes de cette conquête tardive du droit de vote des femmes ?

Rappel  historiographique. les 3 temps dans l’élaboration de l’histoire des femmes :

Dans les années 1970, émerge une «  histoire au féminin » sous l’influence de MLF et grâce à la constitution de collectif d’historiennes derrière Michelle Perrot et Yvonne Knibiehler. Pour combler les déficits d’une histoire officielle écrite au masculin, l’histoire au féminin s’attache d’une part à l’identité et à la culture proprement féminines ( être mère , relations entre femmes) et d’autre part aux femmes rebelles ou  aux héroïnes ( une minorité).

–  Dans la 2ème moitié des années 1980, l’intérêt se porte sur les rapports entre les sexes dans la vie privée et publique, sur la question du politique.

–  Depuis  1986 avec Joan Scott aux Etats-Unis et depuis 1998 avec Françoise Thébaud, l’histoire au féminin s’inscrit dans la théorie du genre, qui a permis une analyse sexuée des évènements historiques et une histoire relationnelle homme/ femme autour des notions de pouvoir et de domination.

I- 1789- 1848 : le temps de l’impossible citoyenne ou «  l’archéologie d’une exclusion »  selon Michelle Zancarini- Fournel

La Révolution française  est marquée par l’irruption des femmes dans l’espace public  :

par leur prise de parole : lors de la rédaction des Cahiers de Doléances

–    par leur participation  aux évènements révolutionnaires dès 1789 : Marie Charpentier dans le cortège de la prise de la Bastille,  6 000 à 7 000 femmes se rendent de Paris à Versailles les 5 et 6 octobre 1789,  le rôle de «  Boutefeux » des femmes qui raniment l’élan révolutionnaire des hommes ( cf Dominique Godineau) .

Pourtant dès les 1ères élections, les femmes sont considérées comme citoyens passifs, autrement dit elles sont des citoyennes sans citoyenneté. Parmi les femmes qui  contestent ce statut , citons Mme Roland, Sophie de Condorcet  et sans doute la plus connue Olympe de Gouges.

Olympe de Gouges  rédige en 1791 La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne dans laquelle elle réclame des droits civiques et politiques strictement égaux à ceux des hommes ( « le droit de monter à l’échafaud comme le droit de monter à la tribune »)

par leur participation au débat public:  dans les clubs : une trentaine  sont mixtes ou féminins   par leurs pétitions  surtout des provinciales : Pauline Léon    envoie une pétition à l’assemblée signée par 300 femmes pour réclamer  le droit naturel de s’organiser en Garde nationale –  par leur présence à l’assemblée :  ce sont les « Tricoteuses ». Le sens de ce terme a évolué dans les mémoires de la femme qui tricote à l’assemblée à celui d’activiste du spectacle de la guillotine. Ce glissement sémantique est une façon de masquer le rôle politique des femmes pendant la Révolution française-  par leur opinion diverse :  révolutionnaires et contre-révolutionnaires.

De 1791 à 1804, vers une législation durable de la différence des sexes.

Des progrès :

1792 : instauration du mariage civil, droit au divorce  (l’égalité entre homme et femme)  sans recours à un tribunal (réelle égalité entre riche et pauvre)

1794 : les lois concernant l’héritage suppriment droit d’ainesse et privilège de la masculinité

Mais ce qui prévaut est le principe d’inégalité homme/ femme

Dans  une conception de l’existence d’une «  nature » féminisée, la femme est confondue avec son utérus et dans  des lois liberticides pour les femmes :  1793 : interdiction des clubs de femmes . 1795 : interdiction pour les femmes de pénétrer dans les tribunes de la Convention et de se regrouper à plus de 5 personnes . 1796 : la femme mariée devient incapable juridiquement

Qui trouve  son acmé avec le Code Civil en 1804 : le Code Civil légalise la situation de dépendance des femmes et des filles.  Portalis, le principal rédacteur du Code Civil place la famille comme clef de voûte de l’ordre social et politique.  L’autorité maritale qui n’existait que dans les pays coutumiers du Nord de la France s’étend à toute la France. Dans ce cadre familial, le mari doit protection  à sa femme , celle-ci lui doit obéissance. Le mari décide du domicile conjugal, gère les biens communs voire les biens personnels de sa femme.  L’infidélité est punie différemment : amende pour l’homme adultère, prison pour la femme adultère. Une chape de plomb s’abat sur la femme sous l’Empire  (1804- 1815)et la Restauration ( 1815-1830)

Le frémissement des années 1830, les revendications des Saint-simoniennes

Le saint-simonisme est un mouvement politique complexe, un lieu de débats, un laboratoire d’idées qui défendent une nouvelle organisation sociale dans le contexte de la société industrielle naissante. Prosper Enfantin,  disciple de Saint-Simon veut créer une communauté où régneraient l’égalité des sexes, l’affranchissement des femmes et des prolétaires.  Des femmes intègrent ce mouvement et font entendre leur voix notamment en créant un périodique La Femme libre de 1832 à 1834, un journal dirigé par des femmes. Suzanne Voilquin est l’une d’entre elles. Ces  femmes réclament des libertés publiques et des libertés privées pour contrer la tutelle maritale. En 1837, des pétitions  sont lancées pour obtenir la révision du Code Civil, le droit au divorce, le droit à l’éducation.  En vain.

1848, le suffrage universel mais sans les femmes.

L’abdication de Louis-Philippe et la proclamation de la II République permettent l’instauration du  suffrage dit universel mais qui n’est qu’universel masculin. Pourtant les femmes ont participé aux journées révolutionnaires de février 1848. Jeanne Deroin est une pionnière du suffragisme.

Les femmes ont été actrices des grandes secousses révolutionnaires de 1789, 1830 et 1848 mais la démocratie s’est construite sans elles.

II-  De 1848 à 1944 : la citoyenneté féminine devient pensable et possible

Sous la III République, des conditions favorables au développement du suffragisme

Le suffragisme est la revendication pour les droits civiques des femmes, l’action des militant(e )s modérés qui s’expriment par des textes, des pétitions, des articles de journaux, des résolutions       dans les congrès alors que les suffragettes recourent à l’action d’éclat parfois violente.

Ces conditions favorables sont le développement de l’instruction gratuite, obligatoire et laïque ( lois Ferry de 1881- 1882), la séparation de l’Eglise et de l’Etat ( 1905), le triomphe de la pensée républicaine, le soutien international et l’existence à la veille de la 1ère Guerre mondiale de partis favorables à la cause féminine ( partis socialistes et radicaux)

une revendication minoritaire des féministes Quelques noms : Maria Deraismes, Hubertine Auclert, Marguerite Durand

plus préoccupées d’éducation, de droit du travail des droits civils

1919- 1944 : lenteurs parlementaires et obstructions du Sénat

Si la 1ère Guerre mondiale a permis aux femmes  de montrer leurs compétences, leur force, les femmes n’arrivent pas à obtenir le droit de vote.

1919, 1925,1932, 1935 : les députés votent pour le suffrage des femmes mais le Sénat joue l’inertie et repousse les projets de loi.

Sous le Front populaire,  Léon Blum nomme 3 femmes secrétaires d’Etat : Cécile Brunschvigs ( éducation nationale), Irène Joliot Curie( recherche scientifique) Suzanne Lacore ( santé publique ) sans  accorder le droit de vote.

21 avril 1944 : Par ordonnance, le Général de Gaulle accorde le droit de vote aux femmes.

Le 17juin 2015