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Les Licenci’elles ou comment les fourmis ensemble sont plus fortes que le boeuf .

Extrait de l’article écrit par Claire Aubépart et publié dans CLARA magazine de janvier/février 2013

Les vendeuses des boutiques 3 Suisses ont été licenciées il y a un an ( en janvier 2012 ), officiellement pour motif économique , le groupe misant désormais sur la vente à distance. La majorité du chiffre d’affaires se fait aujourd’hui sur Internet. La forme d’emploi change, l’entreprise ferme des boutiques et développe sa plate-forme téléphonique, tels sont les arguments de l’avocat de la firme qui ajoute : » La restructuration est une nécessité . Ce secteur est en crise . » Cependant ce n’est pas la crise pour tout le monde. Le groupe Otto, actionnaire allemand, invoque la même malheureuse nécessité alors que, suite au plan de licenciements,   ses bénéfices ont été démultipliés et que les actionnaires ont vu leurs profits augmenter de façon substantielle .

Dans cet affrontement du pot de terre contre le pot de fer, les Licenci’elles peuvent gagner . Elles disposent d’une arme juridique , c’est la notion de « co-emploi ». Il s’agit de faire reconnaître l’unité économique et sociale entre une filiale ( 3 suisses ) et un actionnaire ( le groupe Otto ) . Il faut prouver qu’Otto ne s’est pas contenté de prendre ses dividendes mais a géré le groupe  3 Suisses directement . On serait alors dans un cas de  « co-emploi », notion définie dans plusieurs arrêts de la Cour de Cassation dont le dernier remonte à septembre 2012. Si le « co-emploi » est avéré, le licenciement économique sera le résultat d’une stratégie globale à l’échelle européenne et deviendra alors un licenciement abusif au regard des profits dégagés par la firme Otto . Le « co-emploi » pourrait devenir une arme redoutable dans de nombreux conflits sociaux. La lutte des femmes engagées dans ce combat a un sens au delà des boutiques 3 Suisses . Elles affirment :  « Nous ne sommes pas des mouchoirs jetables mais des êtres humains !« 

Ces salariées de toute la France se sont organisées au sein d’un collectif : l’association les Licenci’elles, née de la lutte initiée par ces femmes et soutenue par la CGT . Il s’agit de dénoncer un plan de licenciements dits  » économiques  » comme licenciements abusifs . C’est le procès du groupe 3 Suisses qui se joue à Roubaix où se trouve le siège de la société . C’est un procès long , très long . La stratégie de la défense est de faire durer , de reporter les audiences, de résister à fournir les pièces demandées avec l’objectif de faire naître le découragement, voire l’abandon . C’est sans compter sur la ténacité de ces femmes qui font la route des quatre coins de la France à chaque audience et cela depuis décembre 2011. Elles savent que ce n’est pas fini et elles ont su fédérer des élans de solidarité autour d’elles.  Ainsi plusieurs associations et politiques les soutiennent dans leur combat : Femmes solidaires, les cgtistes de chez Goodyear, le Collectif national Droits des Femmes, le Mouvement égalité, le Front de Gauche, EELV.

Elles répètent inlassablement : « On ne va pas se laisser faire !« . Ces femmes ont créé une spirale magique : de la lutte à la solidarité ; de la solidarité à l’exemplarité ; de l’exemplarité à l’utilité pour toutes et tous . Ce n’est pas simplement un procès ; c’est l’évolution du Code du travail .

Le jeudi 28 mars, les Prud’hommes de Roubaix ont renvoyé en départage (audience en présence d’un magistrat) le dossier de ces 70 anciennes salariées des 3 Suisses . Une nouvelle mobilisation est prévue le 2 mai, date de l’audience .

Photo prise devant la Bourse du Travail à Paris, le 5 avril 2012 et parue dans  le journal en ligne égalité-infos.