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La semaine dernière au Sénat, quel spectacle affligeant que celui de certains sénateurs lors de la discussion sur le projet de scrutin binominal pour l’élection des conseillers départementaux en 2015. Honte à ceux qui, élus, représentent l’universel de la République et font si peu de cas de la moitié de la population, les femmes !

Prenons acte du rejet de cette proposition par 20 voix d’écart.

De quoi s’agissait-il ? Opérer un redécoupage nécessaire des cantons resté à peu près en l’état depuis l’époque des déplacements à cheval et proposer un scrutin respectueux de la parité tout en maintenant un ancrage territorial : deux fois moins de cantons mais deux conseillers par canton, une femme et un homme.

Si les écologistes et les communistes se sont abstenus, campant sur leur position partisane de scrutin à la proportionnelle, quelques ténors de la droite se sont enflammés, choquant toutes les sénatrices présentes. Toute la panoplie y était, semblable à celle utilisée en 2000 pour empêcher le vote sur la parité ou au moins freiner ses effets.

– Refus de toute innovation en tant que telle – avec seulement 14% de femmes dans les conseils généraux, la mesure en effet en éliminerait plus d’un.

– Fantasme d’envahissement – les femmes sont partout, actuellement majoritaires dans la magistrature, il n’est pas nécessaire de les faire entrer nombreuses au Parlement.

– Explication de texte par ceux qui ayant le pouvoir de faire la loi l’ont faite à leur bénéfice – l’objectif de parité n’est pas « une nécessité absolue, immédiate et totale », la loi « favorise » et non « impose ».

– Couplet habituel sur le fait que ce n’est pas le moment –  il y a plus important : protéger la ruralité, l’avenir institutionnel et financier des départements, ne pas rajouter un problème de gouvernance. Se battre plutôt pour l’égalité salariale.

– Discrédit sur la question posée, dérision, quolibets pour se faire applaudir – la proposition est « aussi loufoque que baroque », « absurde » – la parité « une obsession sexuelle collective », « un gadget » ou « une idée sympathique » – l’un de nos barons locaux s’est même demandé en commission des lois comment faire avec un candidat transsexuel.

– Impossibilité de penser une dualité sans penser concurrence, discorde, bagarre, et mise en doute de la compétence des femmes – D’aucuns avancent l’idée de mettre en place une mesure transitoire et de voir si au terme d’un mandat elles auront acquis les compétences nécessaires.

Plus paisiblement, l’assemblée du sénat a adopté le projet de loi d’abaisser à 1000 habitants (au lieu de 3500 actuellement) le seuil de population au-delà duquel les conseillers municipaux sont élus au scrutin de liste paritaire. Une telle mesure fera automatiquement progresser la parité. Dans notre région plus de la moitié des conseils municipaux du Nord et plus du quart de ceux du Pas de Calais, seraient ainsi élus.

La parité dans les conseils municipaux, c’est bien suffisant….

Lire la transcription des débats sur le site du Sénat www.senat.fr , montre combien le sexisme ordinaire s’exprime sans complexe. Soutenons les femmes élues qui, dans une telle ambiance, sans rien laisser passer et quel que soit leur engagement politique, argumentent avec détermination.

A suivre…

Le 21 janvier 2013