mai, 2015

Les élections régionales auront lieu das un peu plus de six mois …

Quel avenir pour les femmes avec l’extrême- droite ?

Quelle que soit la représentation de femme moderne et indépendante que veut se donner Marine le Pen pour séduire, le FN  et l’extrême droite sont un danger pour les libertés acquises par les femmes.

Construire l’égalité entre les femmes et les hommes est un non-sens

Les député-e-s FN au Parlement européen nous l’ont rappelé récemment.  Ils et elles ont voté contre la résolution (par ailleurs adoptée le 10 mars 2015) « sur le progrès accomplis en matière d’égalité entre les femmes et les hommes dans l’Union » qui comporte surtout des recommandations pour l’avenir.  A partir de quels arguments ? En substance : les femmes sont faites pour faire des enfants et s’en occuper et l’avortement est une véritable arme de destruction massive contre la démographie européenne. En forme de conclusion, Aymeric Chauprade (député européen Ile-de-France) s’oppose à toute politique en faveur de l’égalité avec cet argument : « Les femmes n’ont pas besoin de vous pour assurer leur avenir car elles le portent dans leur ventre ».

La question de l’avortement est le  noeud de toutes les passions et ambiguïtés.

En France, le député Jacques Bompard n’a toujours pas admis la suppression de la notion de « détresse »  de la femme pour avoir accès à l’IVG, qu’avait  introduite  Simone Veil dans la loi de 1975. Il revient à la charge en ce mois de mai 2015, avec une proposition de loi « visant à promouvoir des solutions alternatives à l’avortement ». Son  texte vise à démontrer que l’avortement est la suppression d’un être, et les femmes des êtres incapables : «  il faut faire prendre conscience à la mère de la réalité de son acte en lui faisant écouter le cœur de l’enfant ».  Position ridicule ? Les amendements qu’il avait déposés en ce sens lors de l’examen de la loi Santé sont restés lettre morte. Mais vigilance, cette pratique existe,  chez certains médecins,  lors des examens  pré-IVG…

Courage, fuyons! Ils étaient seulement 151 député-e-s, le 26 novembre 2014,  à prendre part au vote de la résolution adoptée pour les 40 ans de la loi Veil , qui affirme  l’accès à l’IVG comme un droit fondamental ! Sept d’entre eux dont J. Bompard ont voté contre. Marion Maréchal  Le Pen  était absente et Gilbert Collard s’est abstenu pour elle.

Plus mesurée que Bompard, prudente vis-à-vis de son électorat, elle joue sur l’efficacité  de la contraception supposée connue de toutes et supportée par toutes, pour développer un discours de mépris des femmes, sans toutefois s’opposer à  l’avortement. Alignée sur la position de sa tante, elle souhaite que l’Etat ne rembourse plus les IVG;  le déremboursement est, pour elle, une mesure nécessaire pour lutter contre « les excès » (avortement « de confort » ou avortements «  à répétition ») et pour « responsabiliser les femmes ».  Elle se justifie en affirmant : «Ce n’est pas à l’Etat de réparer les inattentions des femmes » « Aujourd’hui, on a à notre disposition un certain nombre de moyens de contraceptions qui sont abordables ».

25 mai 2015

Pour votre information, consultez les récents articles, visualisez le très beau documentaire de Michèle Dominici  sur les suffragettes et suffragistes anglaises ( diffusé sur ARTE) et voyez  le powerpoint, réalisé par l’une des membres de l’Observatoire et projeté le jour anniversaire, sur la conquête de la citoyenneté en France  par les femmes.

Il y a dix ans, l’économiste Béatrice d’Intignano avait analysé en ces termes les obstacles que rencontrent les femmes dans l’accession  aux postes de décision dans le monde de l’entreprise. Quant à nous, nous avons déjà souligné ici  les similarités des systèmes d’obtention et de transmission du pouvoir dans les mondes économique et politique.

L’actualité des dernières élections éclaire de nouveau cette question. C’est la loi : les conseils départementaux et leurs exécutifs sont largement renouvelés et paritaires ; la démocratie locale en sort renforcée. C’est aussi une formidable opportunité offerte aux  femmes pour détenir des moyens d’action  sur l’ensemble d’un champ de questions concernant la vie de tous au quotidien et la constitution du lien social, pour asseoir aussi leur légitimité et leur image au sein de la classe politique locale.

Nous avons noté le concert de dénonciations du fait que, si les conseils sont désormais paritaires, seulement un sur dix se trouve présidé par une femme. Il eut fallu être bien naïf, au vu du cheminement des idées, pour croire que miraculeusement l’un entraînerait l’autre. De nombreux signes avant-coureurs l’ont montré durant la campagne : la plupart du temps, ce sont les hommes d’appareils qui ont déterminé les binômes ; les politiques et les medias ont « naturellement » mis l’homme en avant à moins que la femme ne se soit déjà imposée comme notable locale.

La distribution des délégations montrent aussi  que les stéréotypes sont bien installés. Certes, l’action sociale est une part très importante du budget d’un conseil départemental, mais reviennent le plus souvent à des vice-présidentes les délégations aux  « personnes âgées ou handicapées », « enfance-famille », « exclusion »…  qui correspondent à l’extrapolation dans le domaine public  des tâches toujours encore dévolues aux femmes dans le champ privé.

L’analyse sexuée des commissions est également intéressante. Dans le Nord, par exemple, les deux premières commissions dans le champ des solidarités humaines affichent pour la première (finances, ressources humaines, administration générale…) 26 membres dont 4 femmes et pour la seconde (lutte contre les exclusions, enfance-famille,…) 27 membres dont 5 hommes. De même, la première commission dans le champ des solidarités territoriales (infrastructures, mobilité, transports…) compte 27 membres dont 9 femmes. Situation assez semblable dans le Pas de calais, où nous saluons l’élection d’une vice-présidente déléguée à l’égalité femme-homme.

L’observation des conseils régionaux et des mairies dont les exécutifs sont paritaires depuis 2007 montre que les responsabilités confiées aux vice-présidentes se sont diversifiées, tout en conservant encore des domaines réservés masculins.

Il s’agit d’une situation en mouvement porteuse d’avenir pour les femmes si les stéréotypes qui la marquent ne sont pas le fait d’une idéologie conservatrice revendiquée.

Oui le plafond de verre existe dans le monde politique, les outils forgés dans le monde professionnel pour le soulever auraient sans doute intérêt à être étudiés et adaptés. Des grilles de fer  barrent aussi les femmes : doutes sur leurs compétences, crainte des conflits, manque de modèle, défaut d’ambition, difficile conciliation des temps, insuffisant partage des tâches éducatives et familiales et des tâches domestiques…

La loi imprime une structure et ouvre un jeu où coups fourrés et détournements ne manquent pas pour freiner les nouveaux venus et particulièrement les femmes ; à elles d’y forger des alliances et de créer leurs propres réseaux de femmes élues, de paroles libres et questionnantes. Un profond changement culturel est en marche à travers cette  progression dont la lenteur ne doit pas décourager : rien ne changera réellement tant que l’on n’aura pas déconstruit cette culture misogyne qui s’exprime toujours avec force et régularité dans le système social et politique et freine les femmes dans leur élan, allant du discrédit sur leurs paroles et de la mise en doute de leurs compétences, aux remarques sexistes et aux violences de toutes sortes…L’exigence de parité est un levier de cette lutte.

Lille, le 30 avril 2015