mars, 2013

Brève revue en chiffres.

 

étudiants, étudiantes

Parité en politique (Collectivités territoriales- amélioration de la situation de l’élu-e local-e – Limitation du cumul des mandats). Parité aux postes de décision (Le monde de l’entreprise- Les établissements d’enseignement supérieur). Parité dans le champ symbolique et celui des représentations (Les arts et la culture- les médias)

 

Parité en politique

 

L’actualité concerne les trois exigences que nous avons toujours maintenues :

– Parité à toutes les élections,

– Limitation du cumul des mandats simultanés ou successifs

– Amélioration du statut de l’élu-e local-e

 

Une avancée significative de la parité dans les collectivités territoriales en 2014 et 2015 ?

Le projet de loi actuellement en navette entre les deux chambres  après un premier refus du Sénat et  un vote à l’Assemblée nationale le 26 février, propose un changement profond dans les modes de scrutin qui entraînerait de facto un progrès de la parité : 

Scrutin binominal à deux tours pour l’élection des conseillers départementaux, garantissant une parité de résultat : deux conseillers, un homme et une femme pour des territoires élargis. Actuellement, en France,  moins de 14% des conseillers généraux sont des femmes. Dans le Nord moins de 18%  des conseillers généraux sont des femmes et dans le Pas de calais seulement 10%.

Scrutin de liste paritaire pour l’élection des conseillers municipaux dans les communes de plus de 500 habitants, soit 32 000 femmes en plus dans les communes de 500 à 3500 habitants, et des exécutifs paritaires. Jusqu’ici cette règle ne s’applique qu’aux communes de plus de 3500 habitants (en France moins d’une commune sur dix). Ce mode de scrutin favorable à la parité concernera en 2014 près de 80% des communes du Nord (au lieu de 23% précédemment) et 47% des communes du Pas de Calais (au lieu de 11% précédemment)

Fléchage obligatoirement paritaire des conseillers intercommunaux sur les listes municipales. Aujourd’hui, sur le plan national, on trouve seulement 20 à 30 % de femmes conseillères dans les intercommunalités, encore moins dans les vice-présidences, et seulement 7% de présidentes! L’enquête faite pour La Marianne de la parité en 2011 a montré que dans les EPCI de la région on compte en moyenne seulement 18% de femmes conseillères !

Des propositions pour améliorer la situation de l’élu-e local-e

Au Sénat, un projet de loi est déposé visant à améliorer les garanties existantes applicables à l’ensemble des élu-e-s des régions, des départements et des communes. Il faut noter particulièrement la disposition nouvelle qui  instituerait un dispositif de VAE au titre  d’une fonction élective locale, première étape d’une reconnaissance des acquis du mandat local.

Une forte résistance à la volonté politique de limiter le cumul des mandats

Nous voulons croire que, malgré les résistances affirmées et les modes de contournement avancés, la volonté politique sera assez forte pour mettre fin sans attendre au cumul des mandats et libérer ainsi de l’espace politique  pour des candidatures nouvelles dont des candidatures de femmes. Mais rien n’est dit sur le cumul dans le temps : cette situation bien connue de longue carrière politique construite sur une succession d’un même mandat de maire et/ou de député. Ainsi 8 députés du Nord (sur les 21 élu-e-s) ont commencé en 2012 leur quatrième mandat au moins, l’un est même élu depuis 1978 !

Dernière touche sur ce constat de  conservatisme, les partis politiques gardent le contrôle qu’on se le dise ! Le Conseil constitutionnel vient de repousser une résolution de l’Assemblée nationale instituant la possibilité de co-présidence paritaire pour les groupes politiques, au motif de maintenir le principe d’égalité entre les groupes parlementaires, « la liberté de formation des partis et des groupes » et que l’assemblée « n’a pas à régir le fonctionnement interne des groupes, prolongements des partis politiques » …

Parité aux postes de décision

 

Des signes récents  et encourageants : trois nominations à faire avant mars au Conseil constitutionnel et trois femmes nommées. Par ailleurs, pour la première fois une femme journaliste accède à le direction du journal Le Monde.

Le monde de l’entreprise

La législation paritaire a été étendue au monde  de l’économie. La loi dite sur les quotas (votée en janvier 2011) impose en France 20% de femmes en 2014 et 40% en 2017 dans les conseils d’administration ou de surveillance des sociétés cotées en bourse (avec plus de 500 salariés…). L’étape intermédiaire est atteinte pour les sociétés du CAC 40 et le mouvement est quasi général en Europe (voir les chiffres de janvier 2013 fournis par la commission européenne). Les grandes entreprises auraient-elles compris que pour être compétitives, mieux vaut intégrer les talents des femmes quand celles-ci représentent la majorité des diplômés des universités ?

Mais il faut souligner que les femmes accèdent encore rarement aux postes d’administrateurs exécutifs et  le comité exécutif est 100% masculin dans 43 des 100 plus grandes entreprises européennes (elles ne représentent que 10% des administrateurs exécutifs contre 18% des administrateurs non exécutifs, alors qu’elles sont 40% des cadres).

La question est posée : comment  les quotas aident-ils les femmes à accéder aux postes de direction, et ne servent-ils pas actuellement de paravent à une fixation du pouvoir masculin ? (voir l’étude d’unthink thank britannique).

Comme dans l’accès au savoir et à l’éducation ou dans le champ politique c’est à l’usage sur le moyen terme qu’on pourra juger.

Les établissements d’enseignement supérieur

Comme dans le monde économique les ministères font le constat d’un plafond de verre : « alors que les femmes sont majoritaires parmi les étudiant-e-s, leur part diminue au fur et à mesure que le niveau hiérarchique augmente pour finalement n’être qu’une minorité dans les emplois de professeurs d’université (24 %), dans les conseils centraux des universités (à peine 27% de femmes en 2010) et aux postes de direction des universités (8%) et des pôles de recherche et d’enseignement supérieur (15%). ». Voir les chiffres clés

Dans la région, pour les six grandes universités[1] une seule femme présidente, à Lille 3 et à la tête d’une équipe de direction paritaire ; pour le reste l’ambiance est très masculine, un rapide calcul montre que sur l’ensemble des 46 vice-présidents il y a 11 femmes ; même chose à l’IEP de Lille, un directeur et deux directeurs adjoints…

Depuis son renouvellement en décembre, la Conférence des présidents d’université est dirigée par trois hommes. Sur les 77 établissements d’enseignement supérieur qu’elle regroupe, seuls 8 sont dirigés par des femmes. Le bureau de la Conférence des grandes écoles ne compte qu’une femme.

 

Parité dans le champ symbolique et celui des représentations      

 

Les arts et la culture

Les artistes et techniciennes intervenant dans le spectacle vivant – théâtre, cirque, danse, concerts…- organisés dans l’association H/F avaient sonné l’alerte en publiant un manifeste en 2012 : «  Les inégalités invraisemblables qui perdurent dans ces secteurs hautement symboliques soulèvent aujourd’hui un vrai problème de démocratie : quelles représentations les arts et la culture offrent-ils à notre société ? Respectent-ils les principes de partage et de libre accès voulus par le dispositif public ? Comment les oeuvres qui y sont produites peuvent-elles parler du monde, si les femmes, qui sont plus de la moitié de la population française, n’y prennent qu’une part aussi minime ? »

La situation décrite est terrible qu’il s’agisse de direction administrative ou artistique, de programmation ou de l’accès aux moyens de production et de diffusion :

84 % des théâtres co-financés par l’Etat sont dirigés par des hommes

89 % des institutions musicales sont dirigées par des hommes

94 % des orchestres sont dirigés par des hommes

85 % des textes que nous entendons ont été écrits par des hommes

78 % des spectacles que nous voyons ont été mis en scène par des hommes

57 % des spectacles que nous voyons sont chorégraphiés par des hommes

86 % des établissements d’enseignement artistique sont dirigés par des hommes

Un déséquilibre qui se décline également en termes financiers.

Très récemment le Ministère de culture et de la communication a pris la question en main, créé un comité pour l’égalité  des femmes et des hommes  dans le domaine de la culture et de la communication et dressé un premier état des lieux des inégalités. Le constat est similaire, les actions à mettre en place se cherchent.

Les médias

Dans le champ des médias, la situation n’est pas meilleure : à la télévision, on compte deux tiers des temps de parole pour les hommes, un tiers pour les femmes. La place des femmes « expertes » est toujours très restreinte, puisque malgré la signature en octobre 2010 par des représentants des médias d’un « acte d’engagement pour une démarche d’autorégulation visant à améliorer l’image des femmes dans les médias», et notamment à améliorer la place des expertes, on compte dans la presse écrite hebdomadaire seulement 15% de femmes intervenant pour leur expertise, 20% à la télévision, et légèrement davantage à la radio (selon le rapport remis en 2011 par la Commission sur l’image des femmes dans les médias).

Certes les présentatrices dominent aux  Journaux Télévisés mais, d’après l’INAStat de mars, quelles soient journalistes, expertes, personnalités ou témoins, en plateau ou dans un reportage, le taux de présence des femmes atteint à peine 19% : une femme pour quatre hommes. Et les sujets abordés diffèrent.

Notre engagement est toujours d’actualité :

Quel que soit le domaine considéré, économique, politique, éducatif, culturel et symbolique, il faut approfondir l’analyse des difficultés des femmes pour accéder et participer aux instances de décision, à tous les niveaux, reconnaître les richesses qu’elles apportent, et  leur donner les moyens de libérer et mettre au service du bien public leurs compétences et leur créativité.

Le 5 mars 2013

 

 

 


[1] Universités : Lille1, Lille2, Lille3, Valenciennes Hainut-Cambrésis, Artois, Côte d’opale – Littoral

Qu’en est-il du modèle français d’égalité, alors que l’égalité entre les femmes et les hommes est un principe constitutionnel depuis 1946?

A  consulter: « Femmes-hommes, penser l’égalité », parution de La documentation française pour interroger les tensions entre dynamique égalitaire et recomposition des inégalités dans l’emploi, la vie professionnelle ou familiale, le partage du pouvoir…