mars, 2012

Quel printemps pour les femmes arabes ?

Le 8 mars 2012, journée internationale de la femme, a été l’occasion de rendre hommage à l’engagement  des femmes dans les révolutions arabes de 2011 et de s’interroger sur les avancées de leurs droits dans ces pays.

Des femmes actrices des révolutions arabes, il y en a eu, par dizaines de milliers  que ce soit place Tahrir, avenue Bourguiba …  Certaines sont devenues des icônes  de l’insurrection contre les régimes autoritaires en place. On pense à Asmaa Mahfouz, cette jeune bloggeuse égyptienne de 26 ans qui, en exhortant « tous les hommes et toutes les femmes à se rassembler dans les rues du Caire » est devenue l’emblème de la Révolution égyptienne dès le 25 janvier 2011. On pense à Lina Ben Mhenni  qui  figure parmi les premiers à rapporter les événements qui se déroulent à Sidi Bouzid pendant la révolution tunisienne en décembre 2010 et janvier 2011 et dont le  blog a Tunisian Girl devient alors un point central pour l’opposition. On pense à la militante yéménite Tawakoul Karman, directrice de l’organisation  «  Femmes journalistes sans chaines » qui, lors d’une manifestation en solidarité avec le peuple tunisien a appelé au changement de régime au Yémen. Son arrestation a été à l’origine du soulèvement populaire yéménite.

Derrière ces quelques femmes médiatisées, n’oublions pas toutes les anonymes qui par leur engagement ont changé l’image de la femme arabe, souvent perçue comme soumise. Des femmes de tous milieux sont massivement descendues dans les rues pour réclamer le droit à la démocratie, à la justice sociale, à la liberté, à l’égalité. En Tunisie, au Maroc, en Egypte, elles ont manifesté aux côtés des hommes, la tête découverte le plus souvent. Au Bahreïn, en Syrie, au Yémen, en Libye, elles ont été tenues à l’écart des hommes. Partout, au même titre que les hommes, elles ont été arrêtées, détenues, tuées par la répression des régimes en place, et probablement dans des proportions plus importantes, elles ont subi  des viols. Pour elles seules s’y est ajoutée une autre violence, les tests de virginité.

Qu’ont-elles obtenu ? A ce jour, le départ de dictateurs corrompus et l’espoir d’une démocratie possible, mais elles sont inquiètes et mobilisées car  leur statut pourrait même se dégrader. En Libye, le président du Conseil national de transition a annoncé le 23 octobre 2011  que toute loi contredisant la loi coranique serait nulle et non avenue, interdisant de ce fait toute législation sur la polygamie et le divorce. En Egypte, aucune femme ne fait partie du Comité constitutionnel, du Comité civil de consultation, du gouvernement provisoire et elles ne sont que 2 % au Parlement (ce qui correspond à la situation en France dans les années 60. Elles étaient grâce à un quota 12% précédemment au Parlement égyptien). En Tunisie, la mise en place de la parité hommes-femmes sur les listes électorales a constitué une victoire mais sans lendemain puisque la majorité des partis ont mis des hommes en tête de liste empêchant une représentation égale d’hommes et de femmes à l’Assemblée Constituante, (elles étaient 7% des têtes de listes, elles  sont 23% des député-e-s, un taux supérieur à celui des femmes en France à l’assemblée nationale). Les Tunisiennes sont particulièrement inquiètes des éventuels changements du Code du statut personnel. Ce dernier, accordé par le président Habib Bourguiba après l’indépendance en 1956, garantit aux femmes tunisiennes un statut particulièrement avancé pour le monde arabe. Le Code de la famille a, par exemple, aboli la répudiation et la polygamie. Mais actuellement, des ministres et des responsables contestent les dispositions légales existantes, en particulier sur l’adoption et la monogamie, stigmatisent au nom de l’ordre moral les mères célibataires, banalisent le mariage coutumier, comme pour sonder le degré de réceptivité à leurs thèses réactionnaires. Vigilantes et solidaires, les associations de femmes sont mobilisées et l’affirment : on ne reviendra pas en arrière, même sur la question du contrôle des naissances…

Cette période est donc déterminante pour les droits des femmes. Les risques de voir leur participation aux printemps arabes confisquée sont grands et réels. Les révolutions arabes ne seront progressistes qu’avec la reconnaissance des droits des femmes. C’est aussi la conviction de la responsable des droits de l’homme à l’ONU qui affirmait que  les droits des femmes doivent être au premier rang des priorités.

le 25 mars 2012

Mise à jour du 31 mars 2012 : Nous pouvons nous réjouir en apprenant le 28 /03/12 que  le parti  islamiste tunisien Ennahdha a renoncé à inscrire la charia dans la constitution comme source principale du droit. Cependant, il faudra attendre de connaître l’ensemble du projet constitutionnel  pour conclure sur la place de la religion dans la constitution et donc sur le statut de la femme tunisienne.

Grossesse et maternité : les femmes discriminées au travail

Selon le 5ème baromètre CSA réalisé pour le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail, et paru le 25 janvier 2012, le sexe et la maternité sont les deux critères de discrimination au travail en plus forte progression. Bonne nouvelle : on enregistre le recul de la discrimination ethnique comme principal facteur de discrimination et de manière générale, la discrimination au travail recule… un peu.

Le 02 mars 2012

Près de 3 millions de chômeurs fin 2011 : les femmes spécialement touchées.

51% des demandeurs d’emploi répertoriés par Pôle Emploi sont des femmes et parmi les demandeurs d’emploi involontairement en activité plus réduite, elles sont proportionnellement plus nombreuses que les hommes à être en activité « courte » de moins de 78h par mois. La crise a pour conséquence une montée du chômage et des formes de quasi chômage, temps partiel et réduction d’horaires dans les temps partiels existants. (C’est l’un des aspects des statistiques de la DARES parues en décembre 2011).