Deux faits paradoxaux nous ont alertés ces dernières semaines : le dernier rapport de l’OCDE (Organisation économique de coopération et de développement) et le projet de loi du gouvernement français pour moderniser et simplifier le dialogue social. Ils nous interpellent d’autant plus que le RSC (Rapport de situation comparée) mis en cause dans le projet de loi est un point analysé dans le rapport Partager les responsabilités économiques réalisé par le CORIF (Collectif régional pour l’information et la formation des femmes) à la demande de l’Observatoire et publié en octobre 2014.

Tous concernés, pourquoi moins d’inégalités profitent à tous, voilà le titre du rapport que le Secrétaire général de l’OCDE (Angel Gurria, économiste et diplomate mexicain) et la Commissaire européenne à l’emploi et aux affaires sociales (Marianne Thyssen, belge) ont présenté le 21 mai 2015.

L’OCDE est l’organisation économique qui regroupe les pays les plus riches de la planète. Elle répète que les 10% les plus riches de la population de  sa zone ont un revenu d’activité presque 10 fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres ; et cette proportion est en hausse constante (7,1 dans les années 1980, et 9,1 dans les années 2000). La France est dans la moyenne de l’OCDE, mais on sait que ces dernières années, les 1% les plus riches y ont capté plus de 11% de la croissance).

Le rapport met en évidence (par un calcul) que la participation accrue des femmes au marché du travail et la politique de lutte contre les inégalités professionnelles a freiné l’augmentation des inégalités.

Du constat : «la probabilité qu’ont les femmes d’occuper un emploi rémunéré est inférieure d’environ 16% à celle des hommes et leur rémunération est inférieure de 15% – salaire horaire brut) », le rapport  conclut  qu’il faut faire davantage  pour réduire les écarts entre hommes et femmes.

Du constat : « les inégalités de revenus entre femmes, temps partiel en bas de l’échelle et salaires élevés, sont plus marquées qu’entre les hommes », le rapport conclut que pour renforcer l’effet égalisateur de l’emploi des femmes, les politiques publiques doivent se concentrer sur les femmes à bas revenus.

Une information qui tient particulièrement aux cœurs de tous, femmes et hommes soucieux des générations à venir : les inégalités freinent la croissance, principalement parce que les ménages pauvres ne peuvent pas investir dans l’éducation.

Dans le même temps, un outil forgé pour faire progresser l’égalité professionnelle est menacé dans le projet de loi élaboré par le Ministre du travail. La France serait-elle sourde à l’état du monde ?

Le RSC, qu’est-ce que c’est ?

 Le Rapport de Situation Comparée (RSC) est un instrument indispensable de mesure et d’analyse des inégalités professionnelles. Obligatoire dans le secteur privé depuis 1983, il concerne toutes les entreprises de plus de 50 salariés. En 2014, il  a été  étendu à l’ensemble de la Fonction Publique. Il répond  aux trois objectifs : mesurer, comprendre et agir et permet une photographie instantanée des situations comparées des hommes et des femmes, il est pensé comme un outil  pour les accords « égalité » négociés en entreprise.

L’obligation de fournir un rapport était très peu respectée jusqu’en 2012, où la non mise en œuvre d’une politique d’égalité dans l’entreprise a été soumise à des sanctions  effectives (1% de la masse salariale brute pour toute entreprise qui ne signe pas un accord ou un plan d’action). Et nombreuses sont les entreprises qui font le service minimum devant la complexité du dossier, pour se plier à l’obligation légale. Par ailleurs, l’égalité professionnelle n’est pas un thème prioritaire pour les organisations syndicales en général, qui n’ont jamais eu de réflexions originales sur le travail et l’emploi des femmes.

Le rapport précité du CORIF, se penche sur la fonction de ce RSC à travers une trentaine d’études de cas d’entreprises de la région  de 50 à plus de 7000 salarié-e-s. L’analyse  concluait : « En conclusion, le RSC est un outil indispensable pour mesurer et comprendre la persistance du « plafond de verre » mais il est souvent parcellaire et difficile à interpréter car il donne une vision instantanée ne prenant en compte ni les données concernant la promotion ni les différences d’opportunités et de parcours contrairement à l’analyse longitudinale, qui montre que les inégalités de parcours perdurent et même se creusent quand on analyse les mobilités inter catégorielles dans une perspective diachronique ».

Guère vaillant le RSC, alors que bien utilisé, il peut être un bon outil!

Le projet de loi

Dans un premier temps, le projet de  loi  le supprimait purement et simplement pour le fondre dans la « base de données unique » (BDU) des entreprises. Le tollé d’associations féministes et le travail parlementaire de la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale a limité la casse en bataillant  pour conserver l’intégration des items du rapport de situation comparée aux différents points du BDU.

Mais l’opportunité offerte d’améliorer profondément un outil pour l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, complexe et difficile à manier, a été perdue.

Le 5 juin 2015

Les élections régionales auront lieu das un peu plus de six mois …

Quel avenir pour les femmes avec l’extrême- droite ?

Quelle que soit la représentation de femme moderne et indépendante que veut se donner Marine le Pen pour séduire, le FN  et l’extrême droite sont un danger pour les libertés acquises par les femmes.

Construire l’égalité entre les femmes et les hommes est un non-sens

Les député-e-s FN au Parlement européen nous l’ont rappelé récemment.  Ils et elles ont voté contre la résolution (par ailleurs adoptée le 10 mars 2015) « sur le progrès accomplis en matière d’égalité entre les femmes et les hommes dans l’Union » qui comporte surtout des recommandations pour l’avenir.  A partir de quels arguments ? En substance : les femmes sont faites pour faire des enfants et s’en occuper et l’avortement est une véritable arme de destruction massive contre la démographie européenne. En forme de conclusion, Aymeric Chauprade (député européen Ile-de-France) s’oppose à toute politique en faveur de l’égalité avec cet argument : « Les femmes n’ont pas besoin de vous pour assurer leur avenir car elles le portent dans leur ventre ».

La question de l’avortement est le  noeud de toutes les passions et ambiguïtés.

En France, le député Jacques Bompard n’a toujours pas admis la suppression de la notion de « détresse »  de la femme pour avoir accès à l’IVG, qu’avait  introduite  Simone Veil dans la loi de 1975. Il revient à la charge en ce mois de mai 2015, avec une proposition de loi « visant à promouvoir des solutions alternatives à l’avortement ». Son  texte vise à démontrer que l’avortement est la suppression d’un être, et les femmes des êtres incapables : «  il faut faire prendre conscience à la mère de la réalité de son acte en lui faisant écouter le cœur de l’enfant ».  Position ridicule ? Les amendements qu’il avait déposés en ce sens lors de l’examen de la loi Santé sont restés lettre morte. Mais vigilance, cette pratique existe,  chez certains médecins,  lors des examens  pré-IVG…

Courage, fuyons! Ils étaient seulement 151 député-e-s, le 26 novembre 2014,  à prendre part au vote de la résolution adoptée pour les 40 ans de la loi Veil , qui affirme  l’accès à l’IVG comme un droit fondamental ! Sept d’entre eux dont J. Bompard ont voté contre. Marion Maréchal  Le Pen  était absente et Gilbert Collard s’est abstenu pour elle.

Plus mesurée que Bompard, prudente vis-à-vis de son électorat, elle joue sur l’efficacité  de la contraception supposée connue de toutes et supportée par toutes, pour développer un discours de mépris des femmes, sans toutefois s’opposer à  l’avortement. Alignée sur la position de sa tante, elle souhaite que l’Etat ne rembourse plus les IVG;  le déremboursement est, pour elle, une mesure nécessaire pour lutter contre « les excès » (avortement « de confort » ou avortements «  à répétition ») et pour « responsabiliser les femmes ».  Elle se justifie en affirmant : «Ce n’est pas à l’Etat de réparer les inattentions des femmes » « Aujourd’hui, on a à notre disposition un certain nombre de moyens de contraceptions qui sont abordables ».

25 mai 2015

Mots de Rentrée.

Depuis 2012 les gouvernements successifs respectent la parité et le nouveau gouvernement « Valls 2 » ne fait pas défaut. La question des droits des femmes s’y trouve rétrogradée au niveau d’un Secrétariat d’état, rattaché au Ministère des Affaires sociales et de la Santé. Ce sont moins de poids symbolique et moins de moyens pour affirmer la transversalité de la question « femmes » et pour faire avancer le chantier de l’application  de la loi sur l’égalité réelle votée fin juillet 2014. Quelle structure ce Secrétariat d’état va-t-il se donner  pour confirmer la transversalité interministérielle ? Quel rôle les associations de femmes vont-elles pouvoir y tenir dans cet objectif ? Autant d’incertitudes après l’annonce de ce changement de gouvernement, avec  la confiance dans le fait qu’un changement de cap irréversible a été donné; mais restons vigilant-e-s.

Education

Nous saluons la promotion de Najat Vallaud-Belkacem à la tête du Ministère de l’Education nationale, comme une promesse d’avenir, portée par son histoire personnelle et par ses engagements précédents. Alors que nos réunions publiques sur le partage des responsabilités et la culture de la parité, ont toujours résonné in fine des appels  à « changer les mentalités » et d’injonction à commencer par « l’éducation et la formation », on ne peut que se réjouir de voir arriver une jeune Ministre, mère de deux enfants, assez courageuse pour introduire à l’école un travail sur les rapports entre les filles et les garçons, la manière dont ils sont codifiés par tout le contexte sociétal au détriment des uns et des autres,  leur violence souvent.

La loi sur l’égalité réelle

Cette loi  votée en juillet a vocation à installer l’égalité réelle et plus seulement formelle,  à rendre effective l’égalité des droits affirmée depuis longtemps dans les textes. Pragmatique, elle identifie un certain nombre d’obstacles  rencontrés dans les faits  et elle cherche à les éradiquer ou les réduire: inégale répartition des tâches familiales (grâce au partage du congé parental), inéquitable représentation médiatique des compétences et rôles de hommes et des femmes (grâce à la compétence donnée désormais au CSA pour la sanctionner), inégale présence de fait des hommes et des femmes au sommet des entreprises, de la fonction publique ou des responsabilités politiques (grâce à l’extension des règles de parité à tous les domaines) …

Dans la continuité de notre réflexion et de nos actions, nous retenons deux axes pour lesquels l’association s’est mobilisée dans le cadre du Plan régional stratégique pour l’égalité femmes-hommes

                Parité politique : nous continuerons à populariser la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale, à faire connaître et  à valoriser les bonnes pratiques locales en matière d’égalité dans les politiques publiques.

Un constat : trop peu de femmes ont été  têtes de liste aux dernières élections municipales, et donc  peu de femmes sont devenues maires (16%  dans le Nord et 11% dans le Pas de Calais),  ou présidentes de collectivités locales (2 présidentes pour les 53 intercommunalités de la région !). Par ailleurs,  les femmes sont très largement  minoritaires dans les exécutifs des intercommunalités,  lieu de pouvoir local qui prend de plus en plus d’importance (16% de femmes parmi les vice- présidents).
Une ouverture qu’offre la nouvelle loi : l’obligation pour les collectivités locales de plus de 20 000 habitants  (municipalités ou intercommunalités) de planifier la mise en place de politiques publiques d’égalité.

                Partage des responsabilités économiques : nous poursuivrons l’étude initiée par le CORIF à la demande de l’Observatoire sur la situation des femmes cadres d’entreprises en Nord-Pas de Calais.

Compte rendu public de cette enquête et débat, le mercredi 15 octobre à 18h30 à la Maison des Associations de Lille.

A suivre…

Le 8 septembre 2014

 

Février 2011,

Un million de femmes et d’hommes manifestent dans 200 villes du pays pour crier leur ras-le-bol à Silvio Berlusconi et dénoncer le système prostitutionnel qu’il a mis en place  pour distribuer aux jeunes femmes des emplois dans les médias ou des postes politiques. Mais ces rassemblements sont aussi une prise de conscience  de la régression des droits des femmes dans ce pays.

En Italie, après les grandes batailles féministes pour le divorce (1974) et l’avortement (1981), tout semble à recommencer, et des Etats Généraux ont  lieu à Sienne en juillet 2011 : le moment d’une démocratie paritaire est arrivé, les priorités liées au droit à disposer de son corps et à la défense de l’accès libre à l’IVG sont toujours là, mais le principal problème c’est le travail  et les choix de procréation en lien avec le travail…. La mobilisation concerne aussi les droits des femmes immigrées de plus en plus nombreuses.

Etat des lieux

Droits sexuels et génésiques : sous la férule de l’Eglise catholique

Une éducation affective et sexuelle inexistante ou aux bons soins  des pouvoirs locaux

Une contraception sans information visible et avec des freins institués

Un accès à l’avortement empêché

Une PMA réservée au seuls couples mariés

Et au final, un renouvellement des générations qui ne se fait pas (1,4 enfant par femme)

Unions, désunions, famille : le poids de la tradition catholique

Un mariage civil optionnel et pas d’union civile de couples homosexuels

Un divorce en forme de chemin de croix même s’il est consensuel

Une autorité parentale partagée, un congé parental peu attractif

Le soin aux très jeunes enfants largement laissé aux familles : manque de structures d’accueil et coûts jugés trop élevés.

L’Italie a reçu en 2012 avec 8 autres pays de l’UE une recommandation  sur l’emploi des femmes et sur la disponibilité et la qualité des services de garde des jeunes enfants.

Violences

Des violences à l’aune de la situation générale en Europe où la violence domestique touche 1 femme sur 3 : une réaction violente d’un machisme latent à l’autonomie prise par les femmes depuis les années 70.

2013 : l’Italie ratifie la Convention d’Istanbul et dans la foulée adopte un décret-loi qui, entre autre introduit le crime de féminicide dans le droit italien

Indépendance économique, socle de toutes les libertés

Des jeunes femmes mieux diplômées que les jeunes hommes, mais une situation des jeunes en général moins bonne que la moyenne de l’UE

Un taux d’emploi des femmes inférieur à la moyenne de l’UE, marqué par le manque de service pour la petite enfance et par le poids du plafond de verre

Relativement, moins de temps partiel et un faible écart salarial

Accès à l’espace politique

Le droit de vote octroyé tardivement aux femmes, en 1945

Une sous représentation des femmes dans toutes les assemblées et leur quasi-absence aux postes de décision

Le changement de 2013-2014 : 31% de femmes à la Chambre des députés et un gouvernement paritaire

lire une version  détaillée

Le 13 mai 2014

 

Dossier égalité professionnelle paru dans CLARA magazine, septembre -octobre  2013. Extraits de l’article rédigé par Christiane Marty, membre de la Fondation Copernic .

«  Aucune retraite ne devrait être inférieure au SMIC net pour une carrière complète  »

 

La retraite amplifie les inégalités existant entre les hommes et les femmes dans la vie professionnelle . Aux salaires plus faibles des femmes s’ajoute le fait qu’elles ont des carrières en moyenne plus courtes interrompues pour prendre en charge les enfants et souvent des périodes de temps partiel .

En 2008 la pension globale des femmes ne représente que 72 % de celle des hommes – et la pension de droit direct ne représente que 58 % de celle des hommes en 2011 . Avec la plus forte participation des femmes dans l’emploi et leur meilleure formation , les écarts de pension ont eu tendance à se réduire . Mais les «  réformes » adoptées depuis 1993 ont entraîné une baisse relative des pensions et une aggravation des inégalités entre les hommes et les femmes .

La révision de certains dispositifs familiaux – certes indispensables dans la situation actuelle pour limiter les inégalités, pour mieux les rediriger vers les femmes peut avoir un effet pervers. En effet, les femmes se voient attribuer des droits complémentaires, mais les conditions d’attribution font que leurs droits directs s’en trouvent alors diminués. Les dispositifs proposés ne sauraient donc  être considérés comme l’outil d’une politique d’égalité entre les hommes et les femmes car, au final les rôles sexués sont maintenus, et  ils peuvent enfermer ces dernières dans le rôle de mère.

L’égalité entre les sexes est un moyen d’améliorer sensiblement le financement des retraites . Le taux d’activité des femmes est aujourd’hui inférieur de plus de 10 points à celui des hommes (84,2 %  contre 94,8 % dans la tranche des 25 – 49 ans en 2010) . Si l’on tendait vers l’égalité,  la population active serait de 5 % supérieure  et le volume des cotisations serait donc supérieur de 5 %.

Une politique cohérente en faveur de l’égalité doit donc concilier la réduction des inégalités des pensions entre les sexes et l’évolution vers un modèle de protection sociale rompant avec le modèle patriarcal .

Ce dossier est également constitué de témoignages de femmes proches de la retraite ou en retraite ; d’une chronologie des différentes «  réformes  » ainsi que de l’interview de Mme. Rachel Silvera , maîtresse de conférence à l’Université Paris -Ouest Nanterre , qui analyse l’emploi féminin et les enjeux de la réforme des retraites à venir .

Le, 12 septembre 2013

Egalite-infos.fr

 

Les Licenci’elles ou comment les fourmis ensemble sont plus fortes que le boeuf .

Extrait de l’article écrit par Claire Aubépart et publié dans CLARA magazine de janvier/février 2013

Les vendeuses des boutiques 3 Suisses ont été licenciées il y a un an ( en janvier 2012 ), officiellement pour motif économique , le groupe misant désormais sur la vente à distance. La majorité du chiffre d’affaires se fait aujourd’hui sur Internet. La forme d’emploi change, l’entreprise ferme des boutiques et développe sa plate-forme téléphonique, tels sont les arguments de l’avocat de la firme qui ajoute : » La restructuration est une nécessité . Ce secteur est en crise . » Cependant ce n’est pas la crise pour tout le monde. Le groupe Otto, actionnaire allemand, invoque la même malheureuse nécessité alors que, suite au plan de licenciements,   ses bénéfices ont été démultipliés et que les actionnaires ont vu leurs profits augmenter de façon substantielle .

Dans cet affrontement du pot de terre contre le pot de fer, les Licenci’elles peuvent gagner . Elles disposent d’une arme juridique , c’est la notion de « co-emploi ». Il s’agit de faire reconnaître l’unité économique et sociale entre une filiale ( 3 suisses ) et un actionnaire ( le groupe Otto ) . Il faut prouver qu’Otto ne s’est pas contenté de prendre ses dividendes mais a géré le groupe  3 Suisses directement . On serait alors dans un cas de  « co-emploi », notion définie dans plusieurs arrêts de la Cour de Cassation dont le dernier remonte à septembre 2012. Si le « co-emploi » est avéré, le licenciement économique sera le résultat d’une stratégie globale à l’échelle européenne et deviendra alors un licenciement abusif au regard des profits dégagés par la firme Otto . Le « co-emploi » pourrait devenir une arme redoutable dans de nombreux conflits sociaux. La lutte des femmes engagées dans ce combat a un sens au delà des boutiques 3 Suisses . Elles affirment :  « Nous ne sommes pas des mouchoirs jetables mais des êtres humains !« 

Ces salariées de toute la France se sont organisées au sein d’un collectif : l’association les Licenci’elles, née de la lutte initiée par ces femmes et soutenue par la CGT . Il s’agit de dénoncer un plan de licenciements dits  » économiques  » comme licenciements abusifs . C’est le procès du groupe 3 Suisses qui se joue à Roubaix où se trouve le siège de la société . C’est un procès long , très long . La stratégie de la défense est de faire durer , de reporter les audiences, de résister à fournir les pièces demandées avec l’objectif de faire naître le découragement, voire l’abandon . C’est sans compter sur la ténacité de ces femmes qui font la route des quatre coins de la France à chaque audience et cela depuis décembre 2011. Elles savent que ce n’est pas fini et elles ont su fédérer des élans de solidarité autour d’elles.  Ainsi plusieurs associations et politiques les soutiennent dans leur combat : Femmes solidaires, les cgtistes de chez Goodyear, le Collectif national Droits des Femmes, le Mouvement égalité, le Front de Gauche, EELV.

Elles répètent inlassablement : « On ne va pas se laisser faire !« . Ces femmes ont créé une spirale magique : de la lutte à la solidarité ; de la solidarité à l’exemplarité ; de l’exemplarité à l’utilité pour toutes et tous . Ce n’est pas simplement un procès ; c’est l’évolution du Code du travail .

Le jeudi 28 mars, les Prud’hommes de Roubaix ont renvoyé en départage (audience en présence d’un magistrat) le dossier de ces 70 anciennes salariées des 3 Suisses . Une nouvelle mobilisation est prévue le 2 mai, date de l’audience .

Photo prise devant la Bourse du Travail à Paris, le 5 avril 2012 et parue dans  le journal en ligne égalité-infos.

Brève revue en chiffres.

 

étudiants, étudiantes

Parité en politique (Collectivités territoriales- amélioration de la situation de l’élu-e local-e – Limitation du cumul des mandats). Parité aux postes de décision (Le monde de l’entreprise- Les établissements d’enseignement supérieur). Parité dans le champ symbolique et celui des représentations (Les arts et la culture- les médias)

 

Parité en politique

 

L’actualité concerne les trois exigences que nous avons toujours maintenues :

– Parité à toutes les élections,

– Limitation du cumul des mandats simultanés ou successifs

– Amélioration du statut de l’élu-e local-e

 

Une avancée significative de la parité dans les collectivités territoriales en 2014 et 2015 ?

Le projet de loi actuellement en navette entre les deux chambres  après un premier refus du Sénat et  un vote à l’Assemblée nationale le 26 février, propose un changement profond dans les modes de scrutin qui entraînerait de facto un progrès de la parité : 

Scrutin binominal à deux tours pour l’élection des conseillers départementaux, garantissant une parité de résultat : deux conseillers, un homme et une femme pour des territoires élargis. Actuellement, en France,  moins de 14% des conseillers généraux sont des femmes. Dans le Nord moins de 18%  des conseillers généraux sont des femmes et dans le Pas de calais seulement 10%.

Scrutin de liste paritaire pour l’élection des conseillers municipaux dans les communes de plus de 500 habitants, soit 32 000 femmes en plus dans les communes de 500 à 3500 habitants, et des exécutifs paritaires. Jusqu’ici cette règle ne s’applique qu’aux communes de plus de 3500 habitants (en France moins d’une commune sur dix). Ce mode de scrutin favorable à la parité concernera en 2014 près de 80% des communes du Nord (au lieu de 23% précédemment) et 47% des communes du Pas de Calais (au lieu de 11% précédemment)

Fléchage obligatoirement paritaire des conseillers intercommunaux sur les listes municipales. Aujourd’hui, sur le plan national, on trouve seulement 20 à 30 % de femmes conseillères dans les intercommunalités, encore moins dans les vice-présidences, et seulement 7% de présidentes! L’enquête faite pour La Marianne de la parité en 2011 a montré que dans les EPCI de la région on compte en moyenne seulement 18% de femmes conseillères !

Des propositions pour améliorer la situation de l’élu-e local-e

Au Sénat, un projet de loi est déposé visant à améliorer les garanties existantes applicables à l’ensemble des élu-e-s des régions, des départements et des communes. Il faut noter particulièrement la disposition nouvelle qui  instituerait un dispositif de VAE au titre  d’une fonction élective locale, première étape d’une reconnaissance des acquis du mandat local.

Une forte résistance à la volonté politique de limiter le cumul des mandats

Nous voulons croire que, malgré les résistances affirmées et les modes de contournement avancés, la volonté politique sera assez forte pour mettre fin sans attendre au cumul des mandats et libérer ainsi de l’espace politique  pour des candidatures nouvelles dont des candidatures de femmes. Mais rien n’est dit sur le cumul dans le temps : cette situation bien connue de longue carrière politique construite sur une succession d’un même mandat de maire et/ou de député. Ainsi 8 députés du Nord (sur les 21 élu-e-s) ont commencé en 2012 leur quatrième mandat au moins, l’un est même élu depuis 1978 !

Dernière touche sur ce constat de  conservatisme, les partis politiques gardent le contrôle qu’on se le dise ! Le Conseil constitutionnel vient de repousser une résolution de l’Assemblée nationale instituant la possibilité de co-présidence paritaire pour les groupes politiques, au motif de maintenir le principe d’égalité entre les groupes parlementaires, « la liberté de formation des partis et des groupes » et que l’assemblée « n’a pas à régir le fonctionnement interne des groupes, prolongements des partis politiques » …

Parité aux postes de décision

 

Des signes récents  et encourageants : trois nominations à faire avant mars au Conseil constitutionnel et trois femmes nommées. Par ailleurs, pour la première fois une femme journaliste accède à le direction du journal Le Monde.

Le monde de l’entreprise

La législation paritaire a été étendue au monde  de l’économie. La loi dite sur les quotas (votée en janvier 2011) impose en France 20% de femmes en 2014 et 40% en 2017 dans les conseils d’administration ou de surveillance des sociétés cotées en bourse (avec plus de 500 salariés…). L’étape intermédiaire est atteinte pour les sociétés du CAC 40 et le mouvement est quasi général en Europe (voir les chiffres de janvier 2013 fournis par la commission européenne). Les grandes entreprises auraient-elles compris que pour être compétitives, mieux vaut intégrer les talents des femmes quand celles-ci représentent la majorité des diplômés des universités ?

Mais il faut souligner que les femmes accèdent encore rarement aux postes d’administrateurs exécutifs et  le comité exécutif est 100% masculin dans 43 des 100 plus grandes entreprises européennes (elles ne représentent que 10% des administrateurs exécutifs contre 18% des administrateurs non exécutifs, alors qu’elles sont 40% des cadres).

La question est posée : comment  les quotas aident-ils les femmes à accéder aux postes de direction, et ne servent-ils pas actuellement de paravent à une fixation du pouvoir masculin ? (voir l’étude d’unthink thank britannique).

Comme dans l’accès au savoir et à l’éducation ou dans le champ politique c’est à l’usage sur le moyen terme qu’on pourra juger.

Les établissements d’enseignement supérieur

Comme dans le monde économique les ministères font le constat d’un plafond de verre : « alors que les femmes sont majoritaires parmi les étudiant-e-s, leur part diminue au fur et à mesure que le niveau hiérarchique augmente pour finalement n’être qu’une minorité dans les emplois de professeurs d’université (24 %), dans les conseils centraux des universités (à peine 27% de femmes en 2010) et aux postes de direction des universités (8%) et des pôles de recherche et d’enseignement supérieur (15%). ». Voir les chiffres clés

Dans la région, pour les six grandes universités[1] une seule femme présidente, à Lille 3 et à la tête d’une équipe de direction paritaire ; pour le reste l’ambiance est très masculine, un rapide calcul montre que sur l’ensemble des 46 vice-présidents il y a 11 femmes ; même chose à l’IEP de Lille, un directeur et deux directeurs adjoints…

Depuis son renouvellement en décembre, la Conférence des présidents d’université est dirigée par trois hommes. Sur les 77 établissements d’enseignement supérieur qu’elle regroupe, seuls 8 sont dirigés par des femmes. Le bureau de la Conférence des grandes écoles ne compte qu’une femme.

 

Parité dans le champ symbolique et celui des représentations      

 

Les arts et la culture

Les artistes et techniciennes intervenant dans le spectacle vivant – théâtre, cirque, danse, concerts…- organisés dans l’association H/F avaient sonné l’alerte en publiant un manifeste en 2012 : «  Les inégalités invraisemblables qui perdurent dans ces secteurs hautement symboliques soulèvent aujourd’hui un vrai problème de démocratie : quelles représentations les arts et la culture offrent-ils à notre société ? Respectent-ils les principes de partage et de libre accès voulus par le dispositif public ? Comment les oeuvres qui y sont produites peuvent-elles parler du monde, si les femmes, qui sont plus de la moitié de la population française, n’y prennent qu’une part aussi minime ? »

La situation décrite est terrible qu’il s’agisse de direction administrative ou artistique, de programmation ou de l’accès aux moyens de production et de diffusion :

84 % des théâtres co-financés par l’Etat sont dirigés par des hommes

89 % des institutions musicales sont dirigées par des hommes

94 % des orchestres sont dirigés par des hommes

85 % des textes que nous entendons ont été écrits par des hommes

78 % des spectacles que nous voyons ont été mis en scène par des hommes

57 % des spectacles que nous voyons sont chorégraphiés par des hommes

86 % des établissements d’enseignement artistique sont dirigés par des hommes

Un déséquilibre qui se décline également en termes financiers.

Très récemment le Ministère de culture et de la communication a pris la question en main, créé un comité pour l’égalité  des femmes et des hommes  dans le domaine de la culture et de la communication et dressé un premier état des lieux des inégalités. Le constat est similaire, les actions à mettre en place se cherchent.

Les médias

Dans le champ des médias, la situation n’est pas meilleure : à la télévision, on compte deux tiers des temps de parole pour les hommes, un tiers pour les femmes. La place des femmes « expertes » est toujours très restreinte, puisque malgré la signature en octobre 2010 par des représentants des médias d’un « acte d’engagement pour une démarche d’autorégulation visant à améliorer l’image des femmes dans les médias», et notamment à améliorer la place des expertes, on compte dans la presse écrite hebdomadaire seulement 15% de femmes intervenant pour leur expertise, 20% à la télévision, et légèrement davantage à la radio (selon le rapport remis en 2011 par la Commission sur l’image des femmes dans les médias).

Certes les présentatrices dominent aux  Journaux Télévisés mais, d’après l’INAStat de mars, quelles soient journalistes, expertes, personnalités ou témoins, en plateau ou dans un reportage, le taux de présence des femmes atteint à peine 19% : une femme pour quatre hommes. Et les sujets abordés diffèrent.

Notre engagement est toujours d’actualité :

Quel que soit le domaine considéré, économique, politique, éducatif, culturel et symbolique, il faut approfondir l’analyse des difficultés des femmes pour accéder et participer aux instances de décision, à tous les niveaux, reconnaître les richesses qu’elles apportent, et  leur donner les moyens de libérer et mettre au service du bien public leurs compétences et leur créativité.

Le 5 mars 2013

 

 

 


[1] Universités : Lille1, Lille2, Lille3, Valenciennes Hainut-Cambrésis, Artois, Côte d’opale – Littoral

Qu’en est-il du modèle français d’égalité, alors que l’égalité entre les femmes et les hommes est un principe constitutionnel depuis 1946?

A  consulter: « Femmes-hommes, penser l’égalité », parution de La documentation française pour interroger les tensions entre dynamique égalitaire et recomposition des inégalités dans l’emploi, la vie professionnelle ou familiale, le partage du pouvoir…

 

 

L’étude annuelle de la Conférence des grandes écoles (CGE) sur le devenir des diplômé-e-s montre que les écarts de salaire et d’emploi entre hommes et femmes persistent chez les ingénieur-e-s et les  managers .

Le document, publié le 19 juin 2012, montre que les femmes qui sortent de ces établissements de haut niveau ont, de manière récurrente, des conditions d’insertion professionnelles moins bonnes que celles de leurs homologues masculins. « Les indicateurs leur sont systématiquement défavorables, souligne l’étude . Seulement  les deux tiers d’entre elles ont décroché un CDI contre les trois quarts de ces messieurs . Un phénomène accentué chez les femmes ingénieures ( seuls 69,6 % de CDI). Elles seront également moins nombreuses à obtenir un poste de cadre ( 81,2 % contre 91,9 % chez les hommes ) .

Le constat vaut aussi pour le niveau de salaire . Une femme ingénieure nouvellement embauchée sera payée, en moyenne, 31865 euros brut sur l’année ; un homme 33556 euros . Même différentiel pour les postes de managers : 32830 euros pour les femmes contre 35249 euros pour les hommes .  » De manière générale, les salaires diminuent lorsque la proportion de femmes dans le secteur augmente « , note encore l’étude . Ces écarts persistent depuis des années .

Comment l’expliquer ? La CGE reste prudente et se refuse à parler de discrimination . « Ce phénomène est surtout lié au secteur d’activité choisi et à la fonction exercée », estime Bernard Ramanantso, président de HEC Paris. Au sein des entreprises les femmes exercent aussi dans des services moins rémunérateurs. On aura tendance à retrouver les  » manageuses  » aux relations humaines, à la communication ou au marketing tandis que les » managers  » sont plus proches de la direction générale ou des services de gestion et des finances .

Au delà du constat la CGE ne semble pas très motivée pour faire bouger les choses . « Il ne faut pas forcément chercher la polémique », glisse même Florence Darmon, directrice de l’Ecole spéciale des travaux publics . « Le niveau de satisfaction dans l’emploi n’est pas toujours lié au salaire. Et peut-être que les femmes se contentent de moins aussi … ». Ben voyons !

Extrait de l’article de Laurent Mouloud publié dans L’Humanité, le 20/06/2012.

Pour en savoir plus, consultez l’enquête d’insertion 2012 de la CGE.

Le 11 juillet 2012

 

 

A compulser : une étude parue en mars 2012, du Conseil Economique Social et Environnemental : Bilan de l’application des dispositifs promouvant l’égalité professionnelle entre femmes et hommes, www.lecese.fr/travaux-publies/ .

 L’étude met en évidence l’apport des lois qui se sont succédées permettant de  lentes avancées, mais aussi leurs difficultés d’application et les résistances à leur mise en œuvre ; après une analyse des nombreux freins, elle présente un ensemble de propositions pour améliorer leur application, insiste sur la nécessité qu’un plus grand nombre de femmes soient impliquées dans les instances de négociation collective, et en appelle à ce qu’une volonté politique se manifeste clairement pour développer une culture de l’égalité sous la houlette d’un pilote bien identifié : un ministère de plein exercice chargé des droits des femmes.

 

 Etat résumé de la situation :

« près de 30 ans après son instauration par la loi, plus de la moitié des entreprises ne réalisent toujours pas de Rapport de situation comparée (RSC). Seuls 13 % des accords de branche et 9 % des accords d’entreprises conclus en 2010 traitent de l’égalité professionnelle en se fixant comme objectifs : la mixité des emplois et des recrutements, la féminisation de l’encadrement, l’articulation des temps de vie ou la réduction des écarts de rémunération.[…] Les femmes les plus diplômées restent sous-représentées dans les instances de décision (14 % d’administratrices dans les 500 plus grandes sociétés françaises, 21 % dans les emplois de direction de la Fonction publique d’État), les moins qualifiées cumulent les discriminations : travail à temps partiel (féminisé à 82 %) sous-emploi et bas salaires. En outre, l’inégale répartition des charges familiales freine le parcours professionnel des mères. Toutes ces causes contribuent au maintien d’un écart de rémunération entre femmes et hommes : 19 % pour les travailleurs à temps complet, 23 % pour les cadres. »

Et dans le Nord Pas de Calais, qu’en est-il ? On attend qu’une telle étude soit déclinée dans la région et menée à l’initiative du CESER .

Le 4 avril 2012