L’Observatoire Régional de la Parité vous présente ses meilleurs voeux pour l’année 2017 et est heureux de vous convier à une conférence débat :

La V° République dénaturée ?

Quinquennat – inversion du calendrier – primaires

et la Parité dans tout cela ?

 

Mardi 28 février 2017, à 18 h 30

Maison des associations, 72/74 rue Royale à Lille

 

Interventions de

Denise CACHEUX       Michelle DEMESSINE          Pierre MATHIOT

Ancienne députée         Sénatrice du Nord         Professeur des Universités

La conférence  débat sera suivie du pot de l’amitié.

Réponse souhaitée par mail : contact@parité5962.org

Vous pouvez télécharger l’invitation ci-dessous :

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L’Observatoire régional de la parité, sans position partisane, entre pleinement dans la campagne des régionales en Nord et Pas de Calais / Picardie.

La campagne pour les régionales entre dans sa dernière ligne droite, pourtant les enquêtes d’opinion déjà parues laissent présager une faible participation à ce scrutin dont les enjeux sont majeurs pour les femmes.

En effet, la future grande région Nord Pas de Calais Picardie, exercera des compétences majeures dans les domaines de : la formation professionnelle, la formation initiale (lycées, apprentissage…), emploi & économie, transports (y compris scolaires), aménagement du territoire… Autant de champs d’actions où la voix et la place des femmes doivent être prises en compte et entendues. En effet, aucune politique n’est « neutre » pour les femmes et celles-ci, ont un impact majeur sur leur avenir et leur vie quotidienne.

Aussi l’Observatoire appelle l’ensemble des électrices et des électeurs à se mobiliser, à se faire entendre lors de ce scrutin majeur pour notre avenir commun.

 

Lille, le 27 octobre 2015

De la fête du 1er vote aux responsabilités politiques partagées.

Le 29 avril 1945, les Françaises votaient pour la 1ère fois aux élections municipales, un siècle après que le  suffrage « universel » masculin ait été instauré (1848). La France apparaît comme un pays en retard si on le compare à d’autres Etats européens ou mondiaux. Comment expliquer cette spécificité française ? Quelles sont les grandes étapes de cette conquête tardive du droit de vote des femmes ?

Rappel  historiographique. les 3 temps dans l’élaboration de l’histoire des femmes :

Dans les années 1970, émerge une «  histoire au féminin » sous l’influence de MLF et grâce à la constitution de collectif d’historiennes derrière Michelle Perrot et Yvonne Knibiehler. Pour combler les déficits d’une histoire officielle écrite au masculin, l’histoire au féminin s’attache d’une part à l’identité et à la culture proprement féminines ( être mère , relations entre femmes) et d’autre part aux femmes rebelles ou  aux héroïnes ( une minorité).

–  Dans la 2ème moitié des années 1980, l’intérêt se porte sur les rapports entre les sexes dans la vie privée et publique, sur la question du politique.

–  Depuis  1986 avec Joan Scott aux Etats-Unis et depuis 1998 avec Françoise Thébaud, l’histoire au féminin s’inscrit dans la théorie du genre, qui a permis une analyse sexuée des évènements historiques et une histoire relationnelle homme/ femme autour des notions de pouvoir et de domination.

I- 1789- 1848 : le temps de l’impossible citoyenne ou «  l’archéologie d’une exclusion »  selon Michelle Zancarini- Fournel

La Révolution française  est marquée par l’irruption des femmes dans l’espace public  :

par leur prise de parole : lors de la rédaction des Cahiers de Doléances

–    par leur participation  aux évènements révolutionnaires dès 1789 : Marie Charpentier dans le cortège de la prise de la Bastille,  6 000 à 7 000 femmes se rendent de Paris à Versailles les 5 et 6 octobre 1789,  le rôle de «  Boutefeux » des femmes qui raniment l’élan révolutionnaire des hommes ( cf Dominique Godineau) .

Pourtant dès les 1ères élections, les femmes sont considérées comme citoyens passifs, autrement dit elles sont des citoyennes sans citoyenneté. Parmi les femmes qui  contestent ce statut , citons Mme Roland, Sophie de Condorcet  et sans doute la plus connue Olympe de Gouges.

Olympe de Gouges  rédige en 1791 La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne dans laquelle elle réclame des droits civiques et politiques strictement égaux à ceux des hommes ( « le droit de monter à l’échafaud comme le droit de monter à la tribune »)

par leur participation au débat public:  dans les clubs : une trentaine  sont mixtes ou féminins   par leurs pétitions  surtout des provinciales : Pauline Léon    envoie une pétition à l’assemblée signée par 300 femmes pour réclamer  le droit naturel de s’organiser en Garde nationale –  par leur présence à l’assemblée :  ce sont les « Tricoteuses ». Le sens de ce terme a évolué dans les mémoires de la femme qui tricote à l’assemblée à celui d’activiste du spectacle de la guillotine. Ce glissement sémantique est une façon de masquer le rôle politique des femmes pendant la Révolution française-  par leur opinion diverse :  révolutionnaires et contre-révolutionnaires.

De 1791 à 1804, vers une législation durable de la différence des sexes.

Des progrès :

1792 : instauration du mariage civil, droit au divorce  (l’égalité entre homme et femme)  sans recours à un tribunal (réelle égalité entre riche et pauvre)

1794 : les lois concernant l’héritage suppriment droit d’ainesse et privilège de la masculinité

Mais ce qui prévaut est le principe d’inégalité homme/ femme

Dans  une conception de l’existence d’une «  nature » féminisée, la femme est confondue avec son utérus et dans  des lois liberticides pour les femmes :  1793 : interdiction des clubs de femmes . 1795 : interdiction pour les femmes de pénétrer dans les tribunes de la Convention et de se regrouper à plus de 5 personnes . 1796 : la femme mariée devient incapable juridiquement

Qui trouve  son acmé avec le Code Civil en 1804 : le Code Civil légalise la situation de dépendance des femmes et des filles.  Portalis, le principal rédacteur du Code Civil place la famille comme clef de voûte de l’ordre social et politique.  L’autorité maritale qui n’existait que dans les pays coutumiers du Nord de la France s’étend à toute la France. Dans ce cadre familial, le mari doit protection  à sa femme , celle-ci lui doit obéissance. Le mari décide du domicile conjugal, gère les biens communs voire les biens personnels de sa femme.  L’infidélité est punie différemment : amende pour l’homme adultère, prison pour la femme adultère. Une chape de plomb s’abat sur la femme sous l’Empire  (1804- 1815)et la Restauration ( 1815-1830)

Le frémissement des années 1830, les revendications des Saint-simoniennes

Le saint-simonisme est un mouvement politique complexe, un lieu de débats, un laboratoire d’idées qui défendent une nouvelle organisation sociale dans le contexte de la société industrielle naissante. Prosper Enfantin,  disciple de Saint-Simon veut créer une communauté où régneraient l’égalité des sexes, l’affranchissement des femmes et des prolétaires.  Des femmes intègrent ce mouvement et font entendre leur voix notamment en créant un périodique La Femme libre de 1832 à 1834, un journal dirigé par des femmes. Suzanne Voilquin est l’une d’entre elles. Ces  femmes réclament des libertés publiques et des libertés privées pour contrer la tutelle maritale. En 1837, des pétitions  sont lancées pour obtenir la révision du Code Civil, le droit au divorce, le droit à l’éducation.  En vain.

1848, le suffrage universel mais sans les femmes.

L’abdication de Louis-Philippe et la proclamation de la II République permettent l’instauration du  suffrage dit universel mais qui n’est qu’universel masculin. Pourtant les femmes ont participé aux journées révolutionnaires de février 1848. Jeanne Deroin est une pionnière du suffragisme.

Les femmes ont été actrices des grandes secousses révolutionnaires de 1789, 1830 et 1848 mais la démocratie s’est construite sans elles.

II-  De 1848 à 1944 : la citoyenneté féminine devient pensable et possible

Sous la III République, des conditions favorables au développement du suffragisme

Le suffragisme est la revendication pour les droits civiques des femmes, l’action des militant(e )s modérés qui s’expriment par des textes, des pétitions, des articles de journaux, des résolutions       dans les congrès alors que les suffragettes recourent à l’action d’éclat parfois violente.

Ces conditions favorables sont le développement de l’instruction gratuite, obligatoire et laïque ( lois Ferry de 1881- 1882), la séparation de l’Eglise et de l’Etat ( 1905), le triomphe de la pensée républicaine, le soutien international et l’existence à la veille de la 1ère Guerre mondiale de partis favorables à la cause féminine ( partis socialistes et radicaux)

une revendication minoritaire des féministes Quelques noms : Maria Deraismes, Hubertine Auclert, Marguerite Durand

plus préoccupées d’éducation, de droit du travail des droits civils

1919- 1944 : lenteurs parlementaires et obstructions du Sénat

Si la 1ère Guerre mondiale a permis aux femmes  de montrer leurs compétences, leur force, les femmes n’arrivent pas à obtenir le droit de vote.

1919, 1925,1932, 1935 : les députés votent pour le suffrage des femmes mais le Sénat joue l’inertie et repousse les projets de loi.

Sous le Front populaire,  Léon Blum nomme 3 femmes secrétaires d’Etat : Cécile Brunschvigs ( éducation nationale), Irène Joliot Curie( recherche scientifique) Suzanne Lacore ( santé publique ) sans  accorder le droit de vote.

21 avril 1944 : Par ordonnance, le Général de Gaulle accorde le droit de vote aux femmes.

Le 17juin 2015

 

 

Deux faits paradoxaux nous ont alertés ces dernières semaines : le dernier rapport de l’OCDE (Organisation économique de coopération et de développement) et le projet de loi du gouvernement français pour moderniser et simplifier le dialogue social. Ils nous interpellent d’autant plus que le RSC (Rapport de situation comparée) mis en cause dans le projet de loi est un point analysé dans le rapport Partager les responsabilités économiques réalisé par le CORIF (Collectif régional pour l’information et la formation des femmes) à la demande de l’Observatoire et publié en octobre 2014.

Tous concernés, pourquoi moins d’inégalités profitent à tous, voilà le titre du rapport que le Secrétaire général de l’OCDE (Angel Gurria, économiste et diplomate mexicain) et la Commissaire européenne à l’emploi et aux affaires sociales (Marianne Thyssen, belge) ont présenté le 21 mai 2015.

L’OCDE est l’organisation économique qui regroupe les pays les plus riches de la planète. Elle répète que les 10% les plus riches de la population de  sa zone ont un revenu d’activité presque 10 fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres ; et cette proportion est en hausse constante (7,1 dans les années 1980, et 9,1 dans les années 2000). La France est dans la moyenne de l’OCDE, mais on sait que ces dernières années, les 1% les plus riches y ont capté plus de 11% de la croissance).

Le rapport met en évidence (par un calcul) que la participation accrue des femmes au marché du travail et la politique de lutte contre les inégalités professionnelles a freiné l’augmentation des inégalités.

Du constat : «la probabilité qu’ont les femmes d’occuper un emploi rémunéré est inférieure d’environ 16% à celle des hommes et leur rémunération est inférieure de 15% – salaire horaire brut) », le rapport  conclut  qu’il faut faire davantage  pour réduire les écarts entre hommes et femmes.

Du constat : « les inégalités de revenus entre femmes, temps partiel en bas de l’échelle et salaires élevés, sont plus marquées qu’entre les hommes », le rapport conclut que pour renforcer l’effet égalisateur de l’emploi des femmes, les politiques publiques doivent se concentrer sur les femmes à bas revenus.

Une information qui tient particulièrement aux cœurs de tous, femmes et hommes soucieux des générations à venir : les inégalités freinent la croissance, principalement parce que les ménages pauvres ne peuvent pas investir dans l’éducation.

Dans le même temps, un outil forgé pour faire progresser l’égalité professionnelle est menacé dans le projet de loi élaboré par le Ministre du travail. La France serait-elle sourde à l’état du monde ?

Le RSC, qu’est-ce que c’est ?

 Le Rapport de Situation Comparée (RSC) est un instrument indispensable de mesure et d’analyse des inégalités professionnelles. Obligatoire dans le secteur privé depuis 1983, il concerne toutes les entreprises de plus de 50 salariés. En 2014, il  a été  étendu à l’ensemble de la Fonction Publique. Il répond  aux trois objectifs : mesurer, comprendre et agir et permet une photographie instantanée des situations comparées des hommes et des femmes, il est pensé comme un outil  pour les accords « égalité » négociés en entreprise.

L’obligation de fournir un rapport était très peu respectée jusqu’en 2012, où la non mise en œuvre d’une politique d’égalité dans l’entreprise a été soumise à des sanctions  effectives (1% de la masse salariale brute pour toute entreprise qui ne signe pas un accord ou un plan d’action). Et nombreuses sont les entreprises qui font le service minimum devant la complexité du dossier, pour se plier à l’obligation légale. Par ailleurs, l’égalité professionnelle n’est pas un thème prioritaire pour les organisations syndicales en général, qui n’ont jamais eu de réflexions originales sur le travail et l’emploi des femmes.

Le rapport précité du CORIF, se penche sur la fonction de ce RSC à travers une trentaine d’études de cas d’entreprises de la région  de 50 à plus de 7000 salarié-e-s. L’analyse  concluait : « En conclusion, le RSC est un outil indispensable pour mesurer et comprendre la persistance du « plafond de verre » mais il est souvent parcellaire et difficile à interpréter car il donne une vision instantanée ne prenant en compte ni les données concernant la promotion ni les différences d’opportunités et de parcours contrairement à l’analyse longitudinale, qui montre que les inégalités de parcours perdurent et même se creusent quand on analyse les mobilités inter catégorielles dans une perspective diachronique ».

Guère vaillant le RSC, alors que bien utilisé, il peut être un bon outil!

Le projet de loi

Dans un premier temps, le projet de  loi  le supprimait purement et simplement pour le fondre dans la « base de données unique » (BDU) des entreprises. Le tollé d’associations féministes et le travail parlementaire de la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale a limité la casse en bataillant  pour conserver l’intégration des items du rapport de situation comparée aux différents points du BDU.

Mais l’opportunité offerte d’améliorer profondément un outil pour l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, complexe et difficile à manier, a été perdue.

Le 5 juin 2015

Les élections régionales auront lieu das un peu plus de six mois …

Quel avenir pour les femmes avec l’extrême- droite ?

Quelle que soit la représentation de femme moderne et indépendante que veut se donner Marine le Pen pour séduire, le FN  et l’extrême droite sont un danger pour les libertés acquises par les femmes.

Construire l’égalité entre les femmes et les hommes est un non-sens

Les député-e-s FN au Parlement européen nous l’ont rappelé récemment.  Ils et elles ont voté contre la résolution (par ailleurs adoptée le 10 mars 2015) « sur le progrès accomplis en matière d’égalité entre les femmes et les hommes dans l’Union » qui comporte surtout des recommandations pour l’avenir.  A partir de quels arguments ? En substance : les femmes sont faites pour faire des enfants et s’en occuper et l’avortement est une véritable arme de destruction massive contre la démographie européenne. En forme de conclusion, Aymeric Chauprade (député européen Ile-de-France) s’oppose à toute politique en faveur de l’égalité avec cet argument : « Les femmes n’ont pas besoin de vous pour assurer leur avenir car elles le portent dans leur ventre ».

La question de l’avortement est le  noeud de toutes les passions et ambiguïtés.

En France, le député Jacques Bompard n’a toujours pas admis la suppression de la notion de « détresse »  de la femme pour avoir accès à l’IVG, qu’avait  introduite  Simone Veil dans la loi de 1975. Il revient à la charge en ce mois de mai 2015, avec une proposition de loi « visant à promouvoir des solutions alternatives à l’avortement ». Son  texte vise à démontrer que l’avortement est la suppression d’un être, et les femmes des êtres incapables : «  il faut faire prendre conscience à la mère de la réalité de son acte en lui faisant écouter le cœur de l’enfant ».  Position ridicule ? Les amendements qu’il avait déposés en ce sens lors de l’examen de la loi Santé sont restés lettre morte. Mais vigilance, cette pratique existe,  chez certains médecins,  lors des examens  pré-IVG…

Courage, fuyons! Ils étaient seulement 151 député-e-s, le 26 novembre 2014,  à prendre part au vote de la résolution adoptée pour les 40 ans de la loi Veil , qui affirme  l’accès à l’IVG comme un droit fondamental ! Sept d’entre eux dont J. Bompard ont voté contre. Marion Maréchal  Le Pen  était absente et Gilbert Collard s’est abstenu pour elle.

Plus mesurée que Bompard, prudente vis-à-vis de son électorat, elle joue sur l’efficacité  de la contraception supposée connue de toutes et supportée par toutes, pour développer un discours de mépris des femmes, sans toutefois s’opposer à  l’avortement. Alignée sur la position de sa tante, elle souhaite que l’Etat ne rembourse plus les IVG;  le déremboursement est, pour elle, une mesure nécessaire pour lutter contre « les excès » (avortement « de confort » ou avortements «  à répétition ») et pour « responsabiliser les femmes ».  Elle se justifie en affirmant : «Ce n’est pas à l’Etat de réparer les inattentions des femmes » « Aujourd’hui, on a à notre disposition un certain nombre de moyens de contraceptions qui sont abordables ».

25 mai 2015

Pour votre information, consultez les récents articles, visualisez le très beau documentaire de Michèle Dominici  sur les suffragettes et suffragistes anglaises ( diffusé sur ARTE) et voyez  le powerpoint, réalisé par l’une des membres de l’Observatoire et projeté le jour anniversaire, sur la conquête de la citoyenneté en France  par les femmes.

Il y a dix ans, l’économiste Béatrice d’Intignano avait analysé en ces termes les obstacles que rencontrent les femmes dans l’accession  aux postes de décision dans le monde de l’entreprise. Quant à nous, nous avons déjà souligné ici  les similarités des systèmes d’obtention et de transmission du pouvoir dans les mondes économique et politique.

L’actualité des dernières élections éclaire de nouveau cette question. C’est la loi : les conseils départementaux et leurs exécutifs sont largement renouvelés et paritaires ; la démocratie locale en sort renforcée. C’est aussi une formidable opportunité offerte aux  femmes pour détenir des moyens d’action  sur l’ensemble d’un champ de questions concernant la vie de tous au quotidien et la constitution du lien social, pour asseoir aussi leur légitimité et leur image au sein de la classe politique locale.

Nous avons noté le concert de dénonciations du fait que, si les conseils sont désormais paritaires, seulement un sur dix se trouve présidé par une femme. Il eut fallu être bien naïf, au vu du cheminement des idées, pour croire que miraculeusement l’un entraînerait l’autre. De nombreux signes avant-coureurs l’ont montré durant la campagne : la plupart du temps, ce sont les hommes d’appareils qui ont déterminé les binômes ; les politiques et les medias ont « naturellement » mis l’homme en avant à moins que la femme ne se soit déjà imposée comme notable locale.

La distribution des délégations montrent aussi  que les stéréotypes sont bien installés. Certes, l’action sociale est une part très importante du budget d’un conseil départemental, mais reviennent le plus souvent à des vice-présidentes les délégations aux  « personnes âgées ou handicapées », « enfance-famille », « exclusion »…  qui correspondent à l’extrapolation dans le domaine public  des tâches toujours encore dévolues aux femmes dans le champ privé.

L’analyse sexuée des commissions est également intéressante. Dans le Nord, par exemple, les deux premières commissions dans le champ des solidarités humaines affichent pour la première (finances, ressources humaines, administration générale…) 26 membres dont 4 femmes et pour la seconde (lutte contre les exclusions, enfance-famille,…) 27 membres dont 5 hommes. De même, la première commission dans le champ des solidarités territoriales (infrastructures, mobilité, transports…) compte 27 membres dont 9 femmes. Situation assez semblable dans le Pas de calais, où nous saluons l’élection d’une vice-présidente déléguée à l’égalité femme-homme.

L’observation des conseils régionaux et des mairies dont les exécutifs sont paritaires depuis 2007 montre que les responsabilités confiées aux vice-présidentes se sont diversifiées, tout en conservant encore des domaines réservés masculins.

Il s’agit d’une situation en mouvement porteuse d’avenir pour les femmes si les stéréotypes qui la marquent ne sont pas le fait d’une idéologie conservatrice revendiquée.

Oui le plafond de verre existe dans le monde politique, les outils forgés dans le monde professionnel pour le soulever auraient sans doute intérêt à être étudiés et adaptés. Des grilles de fer  barrent aussi les femmes : doutes sur leurs compétences, crainte des conflits, manque de modèle, défaut d’ambition, difficile conciliation des temps, insuffisant partage des tâches éducatives et familiales et des tâches domestiques…

La loi imprime une structure et ouvre un jeu où coups fourrés et détournements ne manquent pas pour freiner les nouveaux venus et particulièrement les femmes ; à elles d’y forger des alliances et de créer leurs propres réseaux de femmes élues, de paroles libres et questionnantes. Un profond changement culturel est en marche à travers cette  progression dont la lenteur ne doit pas décourager : rien ne changera réellement tant que l’on n’aura pas déconstruit cette culture misogyne qui s’exprime toujours avec force et régularité dans le système social et politique et freine les femmes dans leur élan, allant du discrédit sur leurs paroles et de la mise en doute de leurs compétences, aux remarques sexistes et aux violences de toutes sortes…L’exigence de parité est un levier de cette lutte.

Lille, le 30 avril 2015

Rendez-vous mercredi 29 avril 2015,

à l’initiative de l’Observatoire régional de la Parité.

 

Maison des associations de Lille (72/74 rue Royale).

 

Regards croisés sur la luttes des femmes pour le droit de vote en Angleterre  et en France. Projection à 18h30 précises du documentaire de Michèle Dominici Les suffragettes: ni paillassons, ni prostituées (production Image et Compagnie, diffusion Arte).

Histoire, évolution, enjeux actuels…

 

A l’initiative de  l’Observatoire régional de la parité et pour marquer cet anniversaire:

Conférence donnée par Pierre Mathiot,

Professeur des universités et Directeur de l’Institut d’études politiques de Lille.

15 avril 2015 à Sciences Po Lille.


Introduction au débat (voir le livret d’accompagnement).

 Pourquoi cet anniversaire du premier vote des femmes en France  a-t-il  semblé important à l’Observatoire régional de la parité, dans la situation actuelle d’élections répétées, de  désaffection du politique et d’abstention  en nombre ?

Notre association, s’est constituée comme collectif d’associations mobilisées pour une démocratie paritaire dès les premières années de 1990 et avant les municipales de 1995, à l’heure ou montrer le scandale de la non présence de femmes en politique  relevait du parcours du combattant faute de statistiques sexuées. Des associations qui ont  donc participé aux grands débats sur la signification de cette idée  d’abord européenne de parité-heurtant de front  l’universalisme républicain à la française et qui ont été actives dans la demande d’une législation.

Avec finalement la même double attente que nos ancêtres dans la lutte pour le droit de  vote :

–      Une demande de justice pour les femmes exclues de fait de la scène politique et des affaires de la cité ou du pays.

–      L’idée que l’accès aux décisions et responsabilités était nécessaire pour améliorer la situation des femmes toujours très inégalitaire, malgré les progrès immenses qui ont fait suite aux revendications du MLF et des associations de femmes, féministes revendiquées ou non, après 1981.

Et donc un double objectif :

–     Une représentation équilibrée entre femmes et hommes dans toutes les instances de décision élues ou non, les femmes étant la moitié du peuple, pourvoyeuses de richesse et pas une minorité.

–          L’idée que cette parité quantitative sera une impasse, si elle n’est pas accompagnée d’un projet politique répondant aux attentes des femmes, qui ne se perçoivent pas comme des hommes en devenir quand bien même elles évaluent le rattrapage nécessaire.

C’est pour cela que ce moment d’anniversaire a semblé une occasion pour mettre en perspective ces 70 années de vote des femmes (après 150 ans de revendications pour ce droit) avec l’évolution,  que nous connaissons, de leurs droits et de leur statut dans la société. Une façon de faire  un retour réflexif sur le passé lointain ou proche qui peut nous aider à penser l’actualité et répondre à la question :quelle prise avons-nous sur les décisions politiques  qui concernent nos vies.

Après la conférence de Pierre Mathiot, et pour ouvrir le débat ,deux témoignages -réaction  à cet anniversaire: Denise Cacheux , militante pour les droits des femmes, élue locale et députée à une époque où le parlement était à 95% masculin, Lucille Crochard militante pour le nord à l’association Osez le féminisme.

Merci à Sciences Po Lille pour son accueil

En sourdine : la révolution de la parité

Aujourd’hui en France, 660 conseillers généraux sont des femmes (à ce jour, environ 16% des élu-e-s), et sur les 95 départements de France métropolitaine, elles sont seulement 4 femmes à présider un Conseil général.

Le nouveau mode de scrutin qui équilibre les nouveaux cantons en population, va aussi créer  des assemblées départementales strictement  paritaires. Soit,  1 400 élues départementales supplémentaires, pour renouveler et dynamiser la démocratie locale, pour bousculer les mentalités et les comportements, par un apport de regards neufs et d’expériences de vie différentes.

Les conseils généraux du Nord et du Pas de Calais  ont toujours été présidés par des hommes, avec des  exécutifs très masculins (3 femmes vice-présidentes sur 15 dans le Nord et 2 sur 15 dans le pas de Calais, actuellement). Si, globalement, dans la région, la proportion de conseillères est dans la moyenne nationale (avec un  déséquilibre entre les deux départements : 19% dans le Nord et 13% dans le Pas de Calais), voilà- arithmétiquement dans la région- 55 femmes élues supplémentaires annoncées !

On nous dit que cela dérange les habitudes et accentue la confusion, mais voilà une belle opportunité offerte aux femmes : d’exclues de fait, elles deviennent actrices –partenaires d’égale légitimité. L’espace leur est donné pour y exercer et développer leurs capacités. Nous avons salué cette avancée et nous resterons vigilant-e-s pour qu’elle ne soit pas entravée ; nous surveillerons la composition non contrainte des exécutifs et le partage des responsabilités. C’est un beau challenge, puisse-t-il n’être pas gâché par des frustrations impuissantes !

Mezza voce : un faux procès

Cette élection se passerait dans le bouillard et l’électeur ne saurait rien des futures compétences des départements maintenus après de sombres discussions ?  L’électorat l’a-t-il jamais su vraiment pour s’être autant abstenu lors d’élections précédentes et qui engagent autant sa vie quotidienne ? Ce qui compte pour les électeurs c’est que leurs élu-e-s départementaux continuent d’assurer la solidarité par le biais des allocations pour les plus fragiles ou les personnes âgées. Or, le projet de loi ne remet pas en cause ces compétences et les premières lectures au Sénat et à l’Assemblée ont permis de stabiliser cette position.

Aux départements, l’action sociale et non l’assistanat, aux deux bouts de la vie et pour les plus vulnérables et fragiles. Ils gèrent notamment le revenu de solidarité active (RSA) et l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) aux personnes âgées en perte d’autonomie. Ils veillent sur la bonne qualité de l’accueil des très jeunes enfants en crèches, haltes garderies, jardins d’enfants,  ou chez des assistantes maternelles, ils s’occupent de  la protection maternelle et infantile (PMI), du soutien aux familles en difficulté, des services d’adoption, de l’hébergement et de l’insertion sociale des personnes handicapées, ou encore de la création et la gestion de maisons de retraite. Ils soutiennent les associations qui  comme le Planning Familial s’occupent de la santé affective et sexuelle des jeunes filles et garçons, avec le souci de réduire les violences envers les femmes et les jeunes filles etc.

Et pour ce qui est du département du Nord, il cherche via les nouvelles technologies à mettre en place un système d’échange participatif  entre les élu-e-s et le peuple : les « ateliers citoyens »

A la trompette : la progression du Front National

Tout cela, qui fait le développement humain reste submergé localement par les appareils partisans,  la situation politique nationale et  la forte progression du Front National dans à peu près tous les territoires. Laissons de côté  les déclarations du FN, sur l’immigration, l’IVG ou la peine de mort,  pour ne retenir  que la stratégie relative aux élections départementales : « faire des économies », « faire la chasse aux abus ». Toute politique d’action sociale, renvoyée à une « politique de guichet », il s’agit de réduire ce type de dépense et les subventions aux associations  qui s’occupent des plus fragiles et indésirables, car  cela n’est qu’une première étape. Franck Briffaut (Maire de Villers-Cotterêts) résume l’état d’esprit à la veille du scrutin départemental : « C’est quand on pourra faire passer des lois, mettre en place la préférence nationale, que les choses bougeront. Notre stratégie aujourd’hui est celle d’un repositionnement, dans le cadre d’une prise globale du pouvoir. En attendant, on ne peut agir qu’à la marge. » En résumé : gagner localement pour préparer les victoires nationales.

Et pour les femmes, que nous chantent les victoires nationales ? Si nous n’avions pas déjà compris, les député-e-s FN au Parlement européen nous l’ont rappelé récemment.  Ils et elles ont voté contre la résolution (par ailleurs adoptée) « sur le progrès accomplis en matière d’égalité entre les femmes et les hommes dans l’Union » qui comporte surtout des recommandations pour l’avenir.  A partir de quels arguments ? En substance : les femmes sont faites pour faire des enfants et s’en occuper et l’avortement est une véritable arme de destruction massive contre la démographie européenne. En forme de conclusion, Aymeric Chauprade (député européen Ile-de-France) s’oppose à toute politique en faveur de l’égalité avec cet argument : « Les femmes n’ont pas besoin de vous pour assurer leur avenir car elles le portent dans leur ventre ».

Les 22 et 29 mars 2015

Ne nous laissons pas voler notre avenir, votons !

Le 16 mars 2015